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L'histoire
de Neuilly |
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L'inauguration,
en 1772, du pont de pierre de l'ingénieur PERRONET
avait définitivement levé l'obstacle
que constituait la traversée de la Seine au
développement de la route Paris-Normandie.
Profitant
d'un tel contexte, rien ne devait donc empêcher
l'ancien pont de Neuilly, ce hameau né autour
de la Chantrerie de 1140, de connaître, à
son tour, l'essor auquel il semblait tout naturellement
destiné. Pourtant, près d'un siècle
allait devoir s'écouler avant que la bourgade
commence à devenir une ville. La raison, tout
simplement car la presque totalité des terrains
qui composent aujourd'hui la ville de Neuilly étaient
regroupée en quatre domaines entre les mains
des grands du royaume, qui n'avaient nullement l'intention
d'en perdre le contrôle et mieux, l'exclusivité.
Mais comment en était-on arrivé là ?
Quels évènements allaient changer fondamentalement
cette donnée ?
C'est ce que l'histoire nous apprend.
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De
François 1er à Louis-Philippe |
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Chacun
se rappelle que le fils de Charles d'Orléans et
de Louise de Savoie, qui avait succédé sur
le trône de France à son cousin Louis XII
(dont il avait épousé la fille Claude de
France) fut un admirateur sans bornes de la Renaissance
italienne.
Ordonnant
la construction de Chambord après sa victoire sur
Marignan, François 1er connut, hélas,
dix ans plus tard la défaite à Pavie et
son emprisonnement à Madrid par Charles Quint dont
il ne put sortir que moyennant une royale rançon.
C'est alors que de retour à Paris et ne pouvant
attendre l'achèvement de Chambord, il décida
de faire édifier, à proximité de
la capitale, un palais propre à lui faire oublier
les rigueurs de la cour et les incommodités du
Louvre.
C'est
à l'orée du bois de Boulogne, bois qu'il
avait régénéré en y faisant
de nombreuses plantations et en l'enfermant de murs, qu'il
décida de s'installer : ce lieu bénit,
c'était bien sûr un morceau de la plaine
de la paroisse de Villars la Garenne, dont le pont de
Neuilly n'était qu'un écart et,
plus exactement, une partie du quartier de Bagatelle d'aujourd'hui.
Sur ce site, allait alors s'élever ce château
de faience , nom que lui donne le peuple
mais qui officiellement s'appelle Palais de Madrid, probablement
en raison de l'ornementation émaillée qui
le revêtait et qui était, à cette
époque, d'un usage courant en Espagne.
Pas plus que Chambord, François 1er
ne connut le château de ses rêves, dans sa
fonne définitive mais, néanmoins, il séjourna
fréquemment dans son palais inachevé en
compagnie d'Anne de Pisseleu sa préférée
dit-on.
Commencée
en 1529, la construction ne fut en effet achevée
qu'en 1570, Pierre Gadier, François Gratien, le
grand Philibert Delorme et le Prumatice lui-même,
s'étaient succédés à la direction
des travaux.
Les successeurs de François 1er, Henri
II et ses deux premiers fils, François Il et Charles
IX y firent de fréquents séjours.
Henri III, troisième enfant de Catherine de Médicis,
y installa une ménagenie et une arène où
des dogues combattaient des lions.
Quant à Henri IV, il confia au Milanais Balbone
le soin d'y créer une magnanerie pour y élever
des vers à soie.
Celle-ci fut supprimée par Marguerite de Valois,
la reine Margot, première femme du roi de Navarre
qui lui avait offert cette toute royale résidence,
après s'être remarié avec Marie de
Médicis.
Déserté par Louis XIII et Louis XIV le Palais,
connut alors des fortunes diverses lui supprimant toute
histoire politique à partir de 1652 et de la fin
de la Fronde.
En
1656, une partie de celui-ci fut en effet affectée
à une fabrique de bas de soie (une, réminiscence !).
Dirigée par un nommé Claude Hindret qui
avait rapporté d'Angleterre un modèle de
métier.
Et puis, il fut décidé -le Roi habitant
désonnais Versailles- que le château de Madrid
servirait de logement permanent à des dignitaires
aux mérites reconnus.
Fleurian d'Armenonville en fut le premier et décida
de transporter la fabrique de bas de soie à quelque
distance du château. Probablement aux environ du
pavillon... d'Armenonville pour qu'elle puisse prospérer
avec succès en comptant quelque 80 ouvriers en
1679.
Ces hôtes de marques se succédaient alors
et leur train princier et leurs suites considérables
furent alors très profitable au petit village de
Neuilly qui put, en particulier, construire sa première
église.
Le comte de St-Maur, duc de Béthune, le prince
de Marcillac, le Maréchal d'Estrées, Mlle
de Charolais, Madame de Clermont, Le prince de Conti,
et le Ministre Maurepas furent, tour à tour, les
bénéficiaires privilégiés
de ce royal logement de fonction !
Mais
tout a une fin et si l'approche de la révolution
en laisse augurer l'issue, c'est bien Louis XVI qui en
fut à l'origine, en ordonnant le 9 août 1787,
la vente du château. Celle-ci ne fut toutefois pas
immédiate et l'adjudication définitive n'intervint
que le 27 mars 1792 au profit de Nicolas Jean...
Le Roi (!).
Qui démolit le château et vendit les matériaux
mais qui, n'ayant pas rempli tous ces engagements, laissa
à l'état le bénéfice de revendre
le domaine en 5 lots, donnant ainsi à la toute
jeune commune de Neuilly (sa première Municipalité
fut élue en mars 1790) l'espoir de voir arriver
de plus nombreux et de nouveaux habitants.
Si
le domaine de Madrid occupait une notable partie de l'actuel
quartier de Bagatelle, une seconde enclave, plus petite,
occupait le restant de ce quartier. On l'appelle aujourd'hui
Saint-James, du nom de la folie que
Claude Boudard de Vandésir, baron de St-James,
fit construire de 1779 à 1785, entouré d'un
parc magnifique, de grottes et de statues.
Passée aux mains du duc de Choisel-Praslin qui
y mourut de sa belle mort en 1795, la folie allait
alors connaître d'illustres occupants : Lucien
Bonaparte, le frère de Napoléon 1er,
puis Madame Junot, duchesse d'Abrantes, avant que Wellington
ne s'y installe le 4 juillet 1815 et y établisse
son quartier général.
Chateaubriand, Madame de Récamier, Thiers, comptent
aussi au nombre des hôtes illustres de ce somptueux
logis.
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| Une perspective
du château de Médriol
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Devenue
maison de santé en 1866, il fallut attendre
1920 pour que le domaine racheté par l'industriel
Jacques Lebel (l'inventeur des fusils du même
nom) soit loti et participe ainsi au développement
de notre ville.
Si l'histoire du château de Madrid est nécessairement
celle de la folie St-James constituent des références
incontestables de l'histoire neuilléenne, elles
expliquent aussi, le développement tardif de
la cité.
En effet par ricochet, pourrait-on dire, la quasi-totalité
des terrains sur lesquels s'est développée
la ville actuelle, se sont trouvés bloqués
entre les mains du roi et de ses proches.
La plaine des sablons, dont l'étymologie n'a
pas besoin d'être expliquée, comprend
un vaste quadrilatère délimité
au nord et au sud par les actuelles avenues du Roule
et Charles de Gaulle, à l'ouest, par la rue
de l'église et à l'est par le périphérique
parisien, (l'ancienne route de la révolte)
était terrain de chasses royales sur lesquelles
le monarque n'hésitait pas à passer,
chaque année, une brillante revue de ses gardes
française et suisse.
Un terrain au demeurant idéal pour organiser
les premières courses de chevaux en présence
de la reine Marie-Antoinette et mieux encore, pour
concéder 54 arpents à un inconnu du
nom de Parmentier pour y expérimenter la culture
de la pomme de terre.
Mais pour autant, le dix huitième siècle
n'est pas encore fini et la plaine des Sablons allait
connaître d'autres heures de gloire.
La révolution en marche continua, comme par
le passé, à l'utiliser pour servir de
cadre, aux revues militaires. La convention fit mieux
encore : elle y crée une école militaire,
l'école de Mars, devant accueillir 3 000 élèves
dont le recrutement devait être assuré
par chaque district de la république s'engageant
à fournir chacun 6 jeunes citoyens de 16 à
17 ans, la commune de Paris disposant, quant à
elle, de 80 postes.
David, le célèbre peintre, fut chargé
de dessiner le costume de ses enfants de troupe mais,
les résultats ne furent pas à la hauteur
des espérances et l'école fermée
en 1974.
Néanmoins, des armes et même des pièces
d'artillenie y furent conservées et enlevées
par Murat le 12 Vendémiaire 1795, elles furent
utilisées le lendemain à Paris par le
général Bonaparte sur les marches de
l'église St-Roch.
La suite est sans surprise : le 7 juillet 1796,
la plaine des sablons, considérée comme
bien provenant de l'abbaye de St-Denis, est vendue
aux enchères. Un immense jardin y est installé
pour servir de cadre à de noinbreuses fêtes,
et notamment à des courses de chars connus
sous le nom de Jeux Chevaleresques. Et bien que le
domaine eût changé trois fois de main,
ces jeux durèrent jusqu'en 1820.
À cette date, Casimir Périer, dernier
propriétaire en aliéna la majeure partie
à Madame de Montrosier, laquelle la revendit,
en 1824, à l'architecte Auguste Rougevire.
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Louis
XVI et Parmentier dans la plaine des Sablons |
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Ce dernier, en lotissant le domaine,
fut le véritable créateur du quartier
de Sablon ville tel que nous le connaissons pratiquement
aujourd'hui, nous y reviendrons...
Au-delà de cette plaine existe encore un quatrième
domaine encore plus vaste puisque recouvrant toute la
partie du Neuilly actuel compris entre l'avenue du Roule
et la ville de Levallois. Cet immense parc appelé
tout simplement parc de Neuilly avait un temps, été
divisé en deux parties fort inégales où
deux châteaux avaient bien sur été
construits, le château de Villiers à l'est,
le château de Neuilly, à l'ouest.
Le premier, peut être baptisé château
avec beaucoup d'emphase, ne semble avoir été
qu'une grande maison bourgeoise, néanmoins riche
de quelques 24 pièces avec un jardin non négligeable
séparée par une palissade du parc de Neuilly
proprement dit. Nous verrons plus tard que cette propriété
fut finalement rattachée à l'autre, celle
du château de Neuilly. C'est au milieu du XVIIème
siècle que le premier château de ce nom
fut construit avant de devenir la propriété,
en 1741 de Pierre de Voyer d'Argenson qui le fit rebâtir
presque entièrement sur les plans de l'architecte
Cartaud : de style ionique, il était élevé
sur plusieurs terrasses dominant la Seine.
Tour à tour propriété de Radex
de Sainte-Foy, de Madame de Montessori puis de Monsieur
Delannoy et de Madame Vandenberghe, ce sont ces deux
derniers qui le cédèrent au Général
Murat, lequel acheta ensuite le château de Villiers
pour disposer d'un seul et même domaine.
Murat fit exécuter
d'important travaux et agrandissements, en particulier
en ajoutant deux ailes au château de Monsieur
d'Argenson. De somptueuses fêtes furent alors
organisées dans ces lieux, celle donnée
en 1805 à l'occasion du couronnement de Napoléon
1er comme roi d'Italie ayant fait date.
Murat devenu roi de Naples,
tous ses biens, et par conséquent Neuilly, furent
réunis au domaine de la couronne.
La princesse, Pauline Borghèse, soeur de l'empereur,
reçut lors la propriété en donation
et elle ne manqua pas d'y donner, elle aussi, de somptueuses
réceptions, ce qui permet de dire que la gloire
de Neuilly sont en partie liée à l'Empire.
L'histoire de notre château allait alors s'accélérer !
En 1814, le domaine fut de retour à la nouvelle
couronne et le 16 juillet 1819, le duc d'Orléans
(le futur Louis-Philippe) en prit possession en échange
des écuries dites de Chartres, situées
rue Saint-Thomas du Louvre, qui lui appartenait.
Sous l'administration du duc, le château devint
une résidence magnifique, le domaine s'étant
encore agrandi par l'acquisition de 7 îlots au
milieu de la Seine qu'il relia au château par
un pont de fil de fer pour pouvoir, en particulier accéder
à l'île connue aujourd'hui sous le nom
de l'Ile d'Amour ,
où avait été édifié
le petit temple en marbre à colonnettes provenant
des folies de Chartres autrement
dit du Parc Monceau.
C'est dans ces lieux qu'allait finalement résider
le Roi des français de
1830 à 1848.
Le 25 février de cette dernière année,
le château fut hélas incendié par
une bande d'émeutiers, et en grande partie détruit
; seule une des ailes construite par Murat résista
à l'incendie. Devenu, par la volonté de
Napoléon III bien national ,
en 1852, le parc de Neuilly allait alors être
vendu et loti.
Le Neuilly moderne allait enfin voir le jour...
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Jean LECOINTRE
Président d'honneur de l'Uniclen
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