Histoire de Neuilly 2, 3


Avant propos
 

Clichy, Levallois, Neuilly, trois villes sociologiquement fort différentes et pourtant un besoin, géographique sans doute mais économique plus sûrement, de les réunir pour mieux les apprécier, les promouvoir et éventuellement, les défendre.

Parmi toutes les explications possibles pour justifier un tel rapprochement, leurs histoires particulières constituent sans aucun doute un élément de réponse intéressant car démontrant leur indiscutable complémentarité.

En effet, chacune de ces cités s'est au cours des siècles passés, développée dans un cadre et pour des raisons souvent dissemblables mais aboutissant, finalement à constituer, à l'aube dit XXIème siècle, un pôle économique ou, mieux un bassin d'emplois de premier ordre et totalement rénové, la fermeture, au cours des vingt dernières années, d'importantes unités industrielles ayant été compensée par la création corrélative d'un important pôle tertiaire.

Comme le proclamait il y a peu de temps, la Banque De France célébrant le centenaire de sa succursale (le Levallois dont la zone d'activité recouvre également Clichy et Neuilly : “ sur un territoire digne d'une principauté (9 km2) entre la Seine et le boulevard ipériphérique parisien, l'activité de ce micro-territoire de 160 000 habitants est comparable à celle des toutes premières métropoles de province ”.
Il se caractérise en effet par la présence de 180 grandes entreprises de plus de 500 millions de chiftre d'affaires annuel, la concentration de nombreux sièges sociaux de groupes nationaux et internationaux de grand renom (à titre d'exemple et par ordre alphabétique : B.A.S.F, BIC, CITROËN, DANONE, FNAC, HACHETTE FILIPACCHI MEDIAS, HAVAS ADVERTISING, K.P.M.G., LESIEUR, LEVER, L'OREAL, PLASTIC OMNIUM, PROCTER et GAMBLE) cohabitant avec 14 000 autres sociétés représentant un tissu de petites et moyennes entreprises tout à.fait exceptionnel.

Mais, pour en arriver à ce formidable potentiel, bien des chemins ont été suivis par une multitude d'hommes et de femmes ayant l'esprit d'entreprise et l'évocation de quelques-uns d'entre eux ayant marqué leur temps comme de quelques-unes des idées-force qui ont contribué à modeler le paysage de notre activité journalière, n'est peut-être pas sans intérêt.

C'est ce que nous vous proposons de faire à partir de l'histoire de la création et dit développement de chacune de nos trois cités.


De port Nully au pont de Neuilly
 
Il y a plus de vingt siècles, tout l'ouest parisien était recouvert par une vaste forêt et, au temps des Gaulois, les derniers confins de celle-ci atteignaient les limites occidentales de notre PARIS actuel, vers lefaubourg du Roule.

Selon Jacques HILLAIRET, les romains appelèrent cette forêt “ robuniturn ”, d'où découlèrent successivement les noms de Roveritum, Rouveret et, finalement, Rouvray, ce dernier étant retenu pour les bois cédés, en 717, par le Roi mérovingien, CHILPERIC II, à l'abbaye de SAINT-DENIS.

La partie nord de cette forêt (en partie, l'actuel bois de Boulogne) étant plutôt marécageuse, des bûcherons entreprirent de la défricher et de permettre, ainsi, à des laboureurs de cultiver ces clairières et même de créer un village cité dès le IXème siècle sous le nom de “ Villare ” (prélude à VILLIERS) qui allait devenir une paroisse dépendant de notre abbaye de SAINT-DENIS.

Cette dernière entreprit alors, vers 1140, d'installer, sur le bord de la Seine, une “ chantrerie ” pour y établir un bac et percevoir des droits de péage auprès des bateliers.


Vue du péage du pont de bois de Neuilly à la fin du XVIIème siècle
Gravure anonyme (Bibliothèque Nationale)


Un port, le “ portum de Lulliaco ” apparut alors et rebaptisé “ PORT NULLY ”, il devint un lieu de passage obligé vers la Normandie, ne cessant de prendre de l'importance dès lors qu'il se trouvait sur le chemin de SAINT-GERMAIN où, à partir d'HENRI IV, les rois de France aimèrent à séjourner.

Ce bon Roi HENRI IV, justement, revenant de Saint-Germain, en compagnie de la Reine Marie de MÉDICIS, le vendredi 9 Juin 1606, vit les chevaux de son carrosse glisser sur la pente menant au bac provoquant la renverse de tout l'équipage dans le fleuve. Il n'y eut point de noyés mais l'affaire aurait pu avoir une issue dramatique ; malgré son flegme légendaire, le Roi ne s'y trompa pas et prit-il, sur le champ, la décision de remplacer ce redoutable bac par un pont.

Par lettres patentes du 1er août 1609, SULLY confia le marché à Christophe MARIE, entrepreneur de charpenterie de bois et à son associé ROBINEAU, ceci, en dédommagement des frais de travaux, obtenant la jouissance des droits de péage pour une période de trente ans, à charge pour eux d'indemniser le préjudice du propriétaire des anciens bacs, bien évidemment l'abbé de SAINT-DENIS, à l'époque LOUIS IV de Lorraine.

 

  Le tramway à vapeur Étoile - Saint-Germain sur le pont de Neuilly
(carte postale)
 



L
'affaire portée devant le Conseil d'État du Roi ne fut réglée que le 7 août 1615 mais, heureusement, pendant que s'éternisait la procédure, le pont avait été construit.

Celui-ci avec ses 18 arches compliquant fort la navigation sur le fleuve, fut en partie, emporté par les glaces en 1697 et, plus fortement encore, endommagé par la débâcle des glaces de 1766.

C'est alors que TRUDAINE, Intendant des finances ayant les Ponts-et-Chaussées dans son département, ordonna l'étude d'un pont de pierre à construire à côté du pont de bois dont la démolition était prévue ultérieurement.

Jean Rodolphe PERRONET, fondateur en 1747, de l'École des Ponts-et-Chaussées, eut la charge de cet ouvrage révolutionnaire, pont de pierre de 219 mètres de long, reposant sur cinq arches et mettant définitivement fin à la fameuse sujétion du “ dos d'âne ", caractéristique des anciens ponts.

Les premières fondations commencèrent le 28 avril 1768 et le “ décintrement ” des arches, opération spectaculaire (chaque cintre de bois avec ses huit fermes s'écroulant successivement dans un bruit de tonnerre, eut lieu le 22 septembre 1772, en présence du Roi, en marquant ainsi son inauguration officielle.

À la même époque, la route royale de Paris à Saint-Germain rendue possible par la décision du marquis de MARIGNY d'araser la butte de l'Étoile, donnait au pont de Neuilly un rôle essentiel et à sa paroisse tous les moyens de se développer.

Mais ceci est une autre histoire, celle d'une cité qui comptait 888 âmes au recensement de 1727, 30 784 habitants en 1990 et 61 797 au dernier recensement connu.

Rappelons néanmoins qu'après avoir été élargi en 1899 pour permettre d'y établir deux lignes de tramway, ce n'est qu'en 1938 que le chef-d'œuvre de PERRONET fut détruit pour être remplacé par un ouvrage métallique.

 
Jean LECOINTRE
Président d'honneur de l'Uniclen


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