À partir de 1839-1840,
deux événements bouleversent le paysage
-urbain de Paris et de ses environs :
- le tracé de la voie de chemin de fer de Paris
à Versailles (1839) qui facilite les transports,
- le nouveau tracé de l'enceinte fortifiée
de Paris (1841-1844), qui incite les industries à
s'implanter au-delà afin de s'affranchir de la
taxe d'octroi attachée à cette limite.
Ces deux facteurs sont à l'origine de la croissance
du village Levallois .
Nicolas LEVALLOIS entre
alors en scène. Ancien artisan-menuisier, il
se lance dans les affaires, aidé d'un ami géomètre
du nom de RIVET. André Noël, propriétaire
de terrains sur la commune de Clichy, confie la mise
en vente de ceux-ci à NicoIas LEVALLOIS. L'opération
connaît un vif succès, le nouveau lotissement
reçoit même l'aval de la mairie de Clichy
pour qu'il soit désigné sous le vocable
de Village Levallois .
Cette appellation constituait une exception, puisque
les nouveaux hameaux prenaient en général
le nom du lieu où ils s'élevaient.
Dès les premiers
lotissements de ces terrains situés entre le
vieux village de Clichy et la ville résidentielle
de Neuilly, Nicolas LEVALLOIS élabore une stratégie
visant à préparer la naissance d'une commune
autonome.
À
partir de 1845, LEVALLOIS projette dans l'espace les
pôles névralgiques de la cité. Au
cur du tissu urbain, il aménage une place
en prévision de la future église, neutralisant
ainsi 4 000 m2 de terrain. Il sait que
ces espaces sont vitaux pour la respiration du tissu
urbain, et qu'ils constituent traditionnellement le
cur d'une ville.
La
nouveauté des méthodes de Nicolas LEVALLOIS
consiste à s'entourer de nombreux compagnons
ouvriers, menuisiers, qu'il associe étroitement
au projet. Les hommes se connaissent et s'apprécient.
C'est une expérience menée sur le mode
original du compagnonnage, une sorte d'entreprise plus
ou moins coopérative.
L'ensemble
des travaux est coordonné par un entrepreneur
de menuiserie du nom de REIS, ancien employeur de Nicolas
LEVALLOIS. Ils construisent au départ de modestes
chalets en bois destinés à abriter les
artisans qui participent aux différents chantiers.
Le nouveau village profile d'une animation dès
son origine. Ce dynamisme originel est une force que
la ville de Levallois a su conserver jusqu'à
nos jours. La naissance de zones industrielles à
la périphérie du village accélère
la croissance en créant de nouveaux emplois.
L'optique
de départ n'est pas seulement résidentielle.
Les plans prévoient un savant dosage entre le
logement (villas), les équipements (les chalets),
l'artisanat et l'industrie. Cet équilibre est
maintenu jusqu'à nos jours, et Nicolas LEVALLOIS
s'impose, non comme un urbaniste, mais comme un bâtisseur
aux vues fonctionnelles, soucieux des équipements
de base. Il ne s'arrête pas aux limites des lotissements
dont il assure la gestion, mais il inclut les terrains
de Clichy que les propriétaires ne lotissent
pas encore à cette époque, telle que la
propriété du Maréchal de Gouvion
St-Cyr.
Le
Conseil d'État est saisi le 28 mars 1866 pour
la défense de l'autonomie de la future commune
et le choix de son nom,- en effet les communes de Clichy
et Neuilly désapprouvaient cette requête.
Dès lors surgit (le 30 juin 1866) le nom de Levallois-Perret.
L'autonomie de la nouvelle commune prend effet le 1er janvier
1867.
Le
dimanche 27 mars 1898, la mairie est inaugurée
en présence de Monsieur Barraux, ministre de
l'Instruction Publique, avec Monsieur de Selves, Préfet
de la Seine, point d'orgue d'un travail amorcé
par un homme et poursuivit par des générations.
En
cinquante ans, l'objectif de Nicolas LEVALLOIS est atteint
et même dépassé, au point que, dès
1870, il ne maîtrise plus l'évolution de
son village devenu une véritable ville. Entre
1845, alors que Levallois n'est
qu'une plaine inculte et presque inhabitée, et
le début du XXème siècle, lorsque
Levallois-Perret devient la 27ème commune de
France par l'importance de sa population et son potentiel
industriel, ces 242 hectares de terrains vierges ont
donné naissance à l'une des premières
villes de banlieue .